Madame la Marquise.

Février 2009, alors que le salon de la voyance de Parapsy s’est terminé quelques jours avant, où malgré moi j’ai dû enchainer les consultations, je suis éreintée…

En cette matinée, je me repose en lisant à la maison.

Le téléphone vibre sur ma table basse, numéro inconnu.

“Allo oui bonjour ?”

Une voix d’homme très maniérée, appuyée et détachée à l’autre bout du téléphone…

  • “Bonjour, je souhaiterais m’entretenir avec Chaï Roos”.
  • “C’est moi-même, quel est l’objet de votre appel, monsieur ?”
  • “Nous souhaiterions vous rencontrer le plus rapidement possible, soit cet après-midi. Je vous demanderais de bien vouloir vous déplacer à notre domicile.”

Je trouve cet homme présomptueux et son attitude m’interloque… Des fois, je me demande pour qui les gens se prennent …

Abasourdie : “Pardon ?????”

  • “Madame la Marquise et moi-même aimerions vous rencontrer cet après-midi…”

Je faillis m’étrangler de rire. Issue d’un milieu modeste, les marquis et les marquises n’existent plus à mes yeux depuis la chute de Napoléon Bonaparte..

Ce bon vieux Napoluche, j’appelle ce personnage Napoluche, parce que son chapeau d’empereur et ses représentations m’ont toujours donné la perspective d’une peluche à câliner (je ne peux pas vous expliquer cette loufoquerie mais c’est ainsi). Il a marqué mon adolescence et continue de me fasciner en tant qu’adulte, m’intéressant naturellement aux textes de lois et à notre bon vieux Code Civil.

Je rassemble mes idées….

Solution 1) J’ai affaire à un fou.

Solution 2) Ce type se fout de moi.

Solution 3) Il est ce qu’il prétend.

J’ai dû réfléchir assez longuement car un tantinet agacé. Semblant pressé, il me relance sur un ton condescendant en me signifiant qu’il ne peut attendre….

  • “Monsieur, je vous prie de m’excuser mais les rendez-vous ne sont pas des entretiens Fast Food. Je n’ai pas de disponibilités avant la semaine prochaine …”
  • “Mais enfin vous n’allez pas me faire attendre ?”

Contraire à mes principes et ma vision du monde de la voyance, je tiens tête à mon interlocuteur en lui donnant mes disponibilités une semaine plus tard.

Ce dernier déçu s’empresse de me remercier, non pas comme vous l’entendez…. Ah non ce serait trop aimable pour les petites gens que nous sommes.

Je me fais congédier sur-le-champ…Il me raccroche au nez !!! J’hallucine…

Bien évidemment, n’ayant pas ses coordonnées, je ne peux le rappeler pour l’informer des préceptes de notre société, à laquelle il ne semble pas appartenir.

En posant le téléphone, je me demande à qui j’ai affaire. Assez curieuse, je me jette sur mon ordinateur pour entreprendre une recherche sur les “ Marquises ”

A ma stupéfaction, je découvre que la noblesse Française existe bel et bien … Qu’il s’agit de personnes fortunées et bien installées.

Assez agacée que l’on puisse croire que j’agis sur commande et à la volonté de chacun en général, ce n’est pas une marquise cacahuète et son acolyte qui vont m’apprivoiser…

Reprenant mon activité, en peinant à me remettre dans mon roman, mon téléphone se remet à bouger sur ma table basse : Numéro Masqué.

(Khrum, Khrum, je racle ma gorge, je cherche ma voix pour l’appuyer !)

  • “Chaï Roos, Bonjour”
  • “Madame ROOS, nous sommes d’accord pour vous recevoir la semaine prochaine, vous vous donnerez la peine de vous rendre (Adresse) à 15H15. Merci de nous rappeler au numéro suivant quand vous serez sur le boulevard.”
  • « Très bien je serais présente à tel endroit à quinze heure quinze. »

L’inconnu, j’étais totalement excitée à l’idée de rencontrer des Riches, des vrais riches qui ont peur de nous, les personnes lambda. Il fallait que je vois ça de mes propres yeux.

 J’avais déjà rencontré des personnes riches mais accessibles, là j’allais rencontrer le gratin de la France d’autrefois, les vrais riches qui se vouvoient ….

 Quel était le motif de cette requête, que devais-je faire ?

Tirer les cartes ? Leur faire un cours de Tarologie ? Faire de la voyance pure ? Leur expliquer mes capacités ? Concocter une potion ? (je vous arrête chères lectrices et chers lecteurs, je ne concocte pas de potion….)

Mais que pouvaient donc attendre des riches, plus riches que Crésus et qui avaient tout ce qu’ils voulaient ?

Une semaine plus tard : vite vite, je suis en retard. J’arrange ma crinière, je mets une chemise, un pantalon à pince, je dois me fondre dans mon environnement.

Un petit maquillage léger et c’est parti, mon taxi est en bas, il m’attend depuis vingt minutes. Je dévale les escaliers et m’engouffre dans le taxi me confondant en excuses.

“Bonjour monsieur, nous nous rendons, à paris 16ème ”.

Trente minutes de trajet, vingt minutes de retard… Le chauffeur de taxi me laisse sur le boulevard après avoir été généreusement rétribué.

Consciente de mon retard et sans stress pour autant, je compose le numéro en exerçant ma petite vengeance personnelle : « ce n’est pas moi qui suis à votre disposition et tac c’est vous qui l’êtes » pensais-je dans l’attente d’une réponse.

A l’autre bout du téléphone une voix de femme rigide raisonne.

  • “Madame, vous êtes en retard, composez le code et poussez la porte, vous arrivez sous un porche, allez au bout du porche, vous tombez sur une cour. Composez le code, poussez la porte et sonnez à l’interphone.
  • “ Bien Madame”.

De l’autre côté du boulevard, je traverse rapidement en m’exclamant à haute voix, agacée avec une bouche en O pour exercer une rondeur excessive sur mes syllabes.

  • “ Madâme vous êtes en retardddddddd… Pffff. Oui Je suis en retarrrrddddddd…. Bien Madâmeeeee…”

J’ai 21 ans à l’époque et un esprit rebelle tout à fait adorable.

Je m’exécute, premier code, drôle d’endroit pour des marquis. Un immeuble d’habitation tout à fait habituel pour une novice comme moi même en immersion dans la noblesse Française.

Je continue sous le porche, j’arrive dans la cour. Un détail me perturbe, à ma sortie du taxi, le ciel était dégagé, cette fois je me retrouve sous un ciel gris à exactement 25 mètres de la vue dégagée. Je lève les yeux, les façades des immeubles sont hautes et ombragent la cour, je comprends mieux.

Deuxième code, je pousse la porte, un seul interphone. Un seul nom ??? Comment est-ce possible ? 6 étages. Je comprendrais ensuite que ceci s’appelle un hôooootel pâaaaaarticulier. Ouiiiii Cherrrrrs Leccccteuuuuuuurrrrrs.

  • “ Troisième étage porte face ascenseur. !!!!! Scrhhhhhbouinnnnng !!! » (Bruit d’interphone qui raccroche).

Décidément, c’est une manie d’interrompre les conversations chez ces personnes-là.

C’est parti, je prends l’ascenseur avec cage grillagée à l’ancienne dont nous apercevons toute la gaine. Je tire la porte et les battants en éventails se logent de chaque côtés.

Troisième étage : pas le temps de pousser la porte, je cligne des yeux, une bonne dans l’encadrement de la porte, une vraie bonne, avec une robe noire, des ballerines clarks et un tablier.

  • “Si vous voulez bien vous donner la peine.”

La dame m’indiquait d’un geste élégant la pièce principale face à la porte d’entrée.

  • “Monsieur le Marquis arrive tout de suite.”

Je ne comprends plus rien, la marquise ou le marquis ??? J’attends debout comme une idiote. Le temps me semble long, cette salle est immense et comporte une table, probablement faite sur mesure, pouvant accueillir une trentaine de convives. Je n’avais jamais vu une table aussi grande sauf dans les films d’Harry Potter. Une grande armoire trônait sur la gauche près de la fenêtre… Un miroir très long et massif était suspendu au mur ainsi que divers tableaux représentants des personnes portant les mêmes symboles (armoiries)… Un vaisselier en bois massif à la droite jouxtant le mur menant au couloir traversant.

Puis une voix condescendante me sortit de mon inspection visuelle :

  • “Madame ROOS, asseyez-vous.”

Je cherchais du regard cet homme qui me parlait balayant la pièce de gauche à droite, il surgit face à moi à l’autre bout de la table dans sa largeur.

Ce marquis n’avait rien d’impressionnant, je fus déçue.

Nous commençons la voyance, je trouvais cet homme pervers et il me fit peur. J’aperçu des détails troublant sur ses activités intimes et me rendit compte que même la noblesse était adepte de l’échangisme et de sombres parcours sexuels.

Mal à l’aise, je lui demandais s’il était de plusieurs bords, ce à quoi ce dernier acquiesça. De plus en plus mal à l’aise, je ne comprenais pas l’objet de ma visite. Je décidais de me focaliser sur ses finances : pas de problèmes pour trois familles pendant trente ans. Toutefois, je sentis une contrariété, je l’interrogeais au sujet d’un mauvais placement : il acquiesça.

Toujours dans l’incompréhension, discorde familiale, hypocrisie. Cet homme était malheureux et ne faisait que voyager pour s’évader.

Mon attention fut attirée sur des vibrations artistiques. En dépit de son mauvais goût pour s’habiller, cet homme peignait et créait diverses œuvres.

Il voulait savoir si ses placements seraient bénéfiques.

Quand vous voyez cet appartement austère, sans signes de richesse à mes yeux mais d’une froideur évidente, non pas dans les sensations Celsius mais dans les sensations sensoriels (j’avais l’impression d’être dans une cage dorée vide dont les dorures appartenaient au passé) et que vous ressentez le poids de la snobinardise sur vos frêles épaules, que vous percevez qu’un an de salaire d’un ouvrier lambda, n’est autre que l’argent fabriqué en une journée par ce genre de personnage, vous ne cernez pas tout à fait pourquoi l’on vous demande, si les placements sont ok.

Toujours plus. Ils en veulent toujours plus et ont tellement peur de manquer. Leur rang social les handicape gravement, je peux vous le dire. Ces personnes-là ne supportent ni l’échec, ni de manquer. Pour autant que je sache et à mon humble avis, rien de brillant et d’exceptionnel ne se trouvait dans cette pièce mais je ne suis pas experte en fortune.

Je passe sur les folies de cet homme que je soupçonne fortement, et sans pour autant avoir de preuves, d’avoir des attirances pour tous les sexes et plus particulièrement les jeunes enfants. L’ambiance se fait lourde, j’ai hâte qu’il me lâche.

Ce marquis ayant eu les réponses à ses questions, c’est au tour de Mâdame la Marquise. Cette dernière me salue et interpelle sa bonne.

  • “Maria, apportez-moi de l’eau”.

La bonne s’exécute et apporte un plateau avec un verre et une bouteille d’Evian. On ne me demande même pas si j’ai soif, je viens de me farcir le Marquis pendant une heure. Je ne sais pas si vous vous rendez compte mais il m’a pompé mon énergie….

Elle m’observe, dédaigneuse me trouvant probablement très jeune.

  • “Commençons, je ne crois pas à la voyance, mais parait-il que vous êtes bonne dans votre discipline. Que voyez-vous pour moi ?”

Cette femme me tapait sur le système, plus que son mari que je trouvais en fin de compte tout à fait adorable. Plus proche des petites gens disons…..

  • “Madame posez-moi vos questions, parce que là je n’ai pas de rebond dans votre vie, je vous prie de m’excuser”.

La Marquise ricana et me sortit un tas de photos… Elle me tendit la première : un homme sur un terrain de golf.

  • “Que voyez-vous sur cet homme ?”

Un homme d’une cinquantaine d’années, plus jeune que cette Marquise à priori, mais un détail alerta mon 6ème sens. J’entendis « imprudence, luxure, maladie vénérienne ».

  • « Madame, sauf votre respect cet homme est malade …. Je pense qu’il a une maladie incurable. »

La marquise avait les yeux qui brillaient, ils brillaient de satisfaction ou de stupéfaction mais quelque chose de malsain se logeait dans ses pupilles…

  • “Le voyez-vous mourir du Sida ?”

Choquée par la nouvelle et son détachement glaçant, je lui répliquais que non. Elle, particulièrement frustrée : « Mais s’il ne meurt pas cette année… Le voyez-vous me mettre sur son héritage ? »

  • “Madame, il n’est pas question d’héritage, d’autant plus que cet homme est à l’étranger.”

Elle minauda …. Et s’empressait de sortir une autre photo, le discours se répétant par trois fois !

Comprenant tardivement que cette dernière souhaitait régner en maître sur son territoire et dilapider ses semblables, ma patience foutue le camp en deux temps, trois mouvements.

J’expliquais à la Marquise que le temps courait et que la facturation s’intensifiait.

Elle n’en avait rien à faire, se servant des verres à répétition. Et moi, je n’ai jamais eu aussi soif, j’étais à ma place de bouffonne. Elle me jaugea et s’exclama :

  • “ Vous êtes la plus nulle des voyantes que j’ai vu. Toutes les autres m’ont annoncés que j’hériterais ! Vraiment vous êtes nulle !!”

Elle se leva et me congédia. Arrivée dans le couloir cette dernière, elle me demanda si je pouvais prendre sa bonne en voyance. Vexée et profondément atterrée par le comportement de cette sale marâtre, je lui rétorquai sans aucune retenue :

  • “ Je croyais que j’étais nulle, alors vous êtes bien mignonne, mais là non, je ne vais pas faire votre bonne madame, occupez-vous-en toute seule !!! Réglez-moi et bonne continuation”.

La marquise ruminait, excédée et fâchée, la méchanceté sortait de ses yeux. Si elle avait pu me liquider, elle l’aurait fait.

Le marquis arriva pour me régler la coquette somme que j’ai peiné à gagner et je finis par m’échapper de cet endroit qui me hérissait les poils.

Nb: C’est mon expérience la plus horrible du point de vue humain, que j’ai eue dans la voyance, j’ai rencontrée des personnes très riches , et très abordable qui n’ont jamais eut ces comportements.Je n’ai jamais revu ces vilaines personnes.